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996 GT3 (partie 2): le grand frisson

Voici un essai que 906 Chronicles gardait au chaud depuis de longues semaines. Ce n’est pas tous les jours que l’on a l’occasion d’essayer une 996 GT3, mais vous le savez depuis la première partie de ce récit: avec beaucoup de chance,  je suis arrivé à mes fins et mon père s’est décidé à s’offrir une GT3. Et c’est à ce moment précis que l’histoire devient formidable: j’ai mon permis et, oui, je peux la conduire. Faudra pas le dire deux fois…

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La GT3, vous en profiterez avant même d’avoir tourné la clé de contact. En vous laissant glisser dans les profonds sièges baquets, vous sentirez d’emblée ce parfum de course qui vous entoure. Non pas que la GT3 vous ait caché quoi que soit, tant son immense aileron et son bouclier avant proéminent ont annoncé la couleur. Mais se glisser dans un siège de course participe d’une ambiance inimitable, au milieu du cuir et de la fibre de carbone, attaché par une ceinture de la couleur de la carrosserie. Tout, dans cette GT3, éveille en vous cette envie de vous faire secouer dans tous les sens, de vous faire botter l’arrière-train sur la moindre bosse, et de transformer le moindre bout de ligne droite en rampe de lancement de l’Aéronavale. Moteur, action! Il faut bien admettre que c’est tout de même mieux avec le moteur tournant. La 996 traîne la réputation d’un véhicule silencieux. La partition de la GT3 n’en reste pas moins très évocatrice, un ronronnement grave, agressif donnant de la voix au moindre coup d’accélérateur. La sonorité se veut plutôt discrète certes, mais d’une discrétion annonçant un véritable ouragan, nul ne s’y méprendra!

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Le premières sensations à son volant ne seront pas des plus rassurantes. Large, ramassée, la GT3 est imposante, et mieux vaut se méfier des rebords de trottoirs avec ses superbes jantes affleurantes. Il me faut redoubler d’attention avec ces jantes peintes, ou le moindre accroc se verrait davantage qu’un gigantesque pénis imprimé sur le capot avant. Et, avec son châssis très ferme, elle ne tolère que péniblement les routes bosselées, donnant l’impression de vouloir s’envoler sur la moindre bosse et de remuer dans tous les sens. Gare aux excès d’enthousiasme, tant il est facile d’arracher la bavette sous la jupe avant. Mais rassurez-vous, elle garde sa trajectoire, vous gratifiant au passage d’oscillations intempestives dans le volant… Aseptisée, la 996 GT3? Non, pas vraiment, c’est une vraie bête communicative, qui n’aime rien tant que d’être tenue fermement. D’autant plus qu’avec son levier de vitesses à débattement court, mieux vaudra faire preuve de fermeté au moment de changer de rapport. La GT3 fait bel et bien partie de cette race de dures à cuire que l’on dit en voie d’extinction. N’allez pas croire en lisant ces lignes que la GT3 est une voiture insupportable. Cela fait partie de son tempérament, et c’est bien pour cela qu’on la trouve fascinante, mais il est grand temps de hausser le rythme, et de s’engager dans des routes au revêtement plus  lisse.

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30km/h, deuxième rapport, en sortie de village. A hauteur du panneau de fin de limitation de vitesse, vous écrasez l’accélérateur. Le léger grondement dans votre dos se mue en un hurlement de plus en plus strident en approchant des 8000 tours/minute. La poussée, violente, titanesque, presque indescriptible, vous cloue au siège tandis que les chiffres sur le tachymètre s’égrènent plus vite que vous ne sauriez les prononcer. A l’approche de la zone rouge, vous frôlez déjà l’excès de vitesse, vous pressez cette pédale d’embrayage ferme, engagez le troisième rapport, et écrasez de nouveau l’accélérateur, grisé par la sonorité inimitable du flat 6. Tout dépendra ensuite de la longueur de la ligne droite, et de votre bravoure personnelle. Je m’en tiendrai au fond de troisième avant de lever le pied, déjà largement, très largement au-dessus de la vitesse légale. C’est l’heure du grand frisson, puisque littéralement, un frisson me parcourt l’échine, tandis que j’expire à pleins poumons, comme pour me remettre d’un flot d’émotions véritablement grisant. La GT3, c’est un moteur. A l’image d’un boxeur, ce moteur possède des réactions extrêmement vivace, répondant à la moindre sollicitation, capable de cogner fort, très fort, et de vous envoyer au tapis, de pousser bien au-delà de vos propres limites. La GT3, c’est Floyd Mayweather!

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Et la GT3 n’en a pas fini de danser, tel un boxeur, car j’entrevois à l’horizon quelques virages. Rappelons que les limites de la GT3 ne sont absolument pas exploitables sur route ouverte, et qu’il serait particulièrement déraisonnable de s’y risquer. J’adopterai donc le rythme de la promenade soutenue. A ce train, toujours aux alentours de 4000 tours/minute, la GT3 est une reine de la route. Disposant à ce régime de suffisamment de couple, et commençant à délivrer sa puissance, elle est comme prête à réagir au moindre coup de volant, sans pour autant chercher à vous mordre, et n’est pas avare en plaisir. Seuls les trains laissent à désirer: en lâchant le volant, elle a tendance à chercher sa route, de même lors des gros freinages, où elle peine à tenir le cap. Un petit tour au garage lui ferait du bien. Mais le reste, tout le reste, absolument tout le reste, est un véritable récital de sensations fortes. Je finis par rentrer, et au moment de couper le contact, pousse une grande expiration, toujours noyé dans un flot de pensées: « on en a pour son argent », « quel moteur! mais quel moteur!, « on fait corps avec la machine », « elle m’en aura fait baver », « ouf, c’est fini », « bon, je remets ça demain », « quand même, c’était vraiment trop bien »……

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Cela pourrait ne jamais s’arrêter, tant la 996 GT3 donne, donne, donne encore et toujours. Avec une seule contrepartie, celle ne pas la laisser n’en faire qu’à sa tête, car elle est douée d’un tempérament volcanique. On ne peut comprendre la GT3 tant qu’on ne l’a pas conduite. Et lorsque cela est fait, il sera bien difficile d’y renoncer, tant ses qualités dynamiques, et ce moteur sorti des feux de l’enfer, semblent taillés pour tous les extrêmes et tous les péchés. Ses seules limites sont probablement les vôtres…

Récit: la vie en GT3 (partie 1)

Depuis près d’une dizaine d’années que je vis avec la passion des Porsche chevillée au corps, il est une lignée qui n’a jamais cessé de me faire rêver : la lignée des RS, ainsi que leurs dignes héritières, les GT3. Rien de très original certes, mais pourrait-on me blâmer ? Je ne crois pas, tant elles suscitent la fascination partout où elles passent, comme si elles étaient les dernières dépositaires d’un état d’esprit déraisonné, délirant et révolté.

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La Turbo ne m’a jamais particulièrement fascinée. Il y a certes la légende du fameux « coup de pied au cul », liée à la brutalité de la réponse du moteur turbo. Mais plutôt qu’un simple coup de pied, j’ai toujours été convaincu que je préférerais me faire passer à tabac par une auto indisciplinée, prête à vous casser les reins à la moindre ruade. Rien ne pourrait égaler la vénération que je voue à la 993 RS, mais malheureusement, aucune banque n’aurait accepté de m’accorder un crédit sur les 75 prochaines années. Qu’à cela ne tienne, je pourrais bien essayer de convaincre mon père de passer à la GT3. Avec un peu de patience, qui sait ? Revenons quatre années en arrière.

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Il fallait avant tout trouver un modèle intéressant : une rouge, une jaune, une bleue… Non pas que cela soit impossible, mais il y a tant de grises… Et malheureusement, un obstacle de taille, infranchissable, semblait vouer ma quête à l’échec : il ne voulait pas ! « Une GT3 ? Non, trop puissante, trop difficile à conduire, ça ne me tente pas ». Allons bon, ce n’est pas pour demain !

C’était bien ma veine, car depuis quelques temps déjà, A.R. Sport, spécialiste indépendant de La Rochelle, gardait dans son coffre à jouets LA perle rare : Une 996 GT3 phase 2 de couleur bleu Lapis Lazuli, jantes peintes, aileron de RS. Les baquets (indispensables dans mon cahier des charges que je n’avais bien sûr pas l’intention de dévoiler) étaient tendus de cuir beige, et le département Exclusive s’était chargé de plaquer du carbone partout où cela semblait possible. Il ne pouvait qu’adorer ! Je tentai donc ma chance, mais rien n’y faisait : « trop puissante, trop délicate à conduire »…

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Mais c’est parfois lorsque tout semble s’écrouler sous vos pieds qu’un petit coup de pouce de la chance vient s’immiscer dans la petite mécanique que vous mettez en place. A la surprise générale des deux intéressés, mes parents remportèrent l’épreuve de régularité du rallye des clubs ! (Tiens, depuis quand ils arrivent à s’entendre en étant dans la même voiture ?? A mon avis, c’est ma mère qui conduisait, mon père suivait la carte sans piper mot et Patrick Bruel a dû être banni du poste de radio…). En guise de récompense, un stage de pilotage à la Porsche Sport Driving School qui donnera à mon géniteur la sérieuse envie d’en découdre sur la piste.

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Comme le dit l’adage (adapté pour les besoins de l’histoire), jamais un sans deux ! C’est sur le circuit de Lurcy-Lévis que se jouera l’acte décisif, bien chanceux, une fois de plus. Elle était là ! LA 996 GT3 ! Bleue, parfaite, ne demandant qu’à rouler… Raymond Pinchemail d’A.R. Sport, décidément, avait su préparer son entrée : s’il pouvait vendre une GT3, ce serait bien sur un circuit. Il n’eut fallu que le temps de la faire chauffer pour décider mon père à l’essayer. Et quel essai ! Rares sont les vendeurs qui vous laissent « envoyer du pâté » pendant cinq tours de circuit afin que vous puissiez voir par vous-même à quel point une GT3 est taillée pour la performance.

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Cette fois-ci, l’affaire semblait bien engagée. Et en effet, avec quelques semaines de plus, une 993 en moins, et un harnais plus tard, l’affaire était conclue ! La seule raison pour laquelle je n’ai pas dansé la macarena avec du jambon entre les doigts de pieds est que je me trouvais au beau milieu de la place du Capitole. Mais le meilleur reste à venir. Cette GT3, il va bien falloir la conduire…

A suivre…