Archives pour la catégorie Porsche Classic

40 ans de la RS 2.7: suite du spectacle

Les visiteurs étaient nombreux le samedi 4 mai dernier  à l’occasion des 40 ans de la RS 2.7 organisés par le Club RS de France, et nombre d’entre eux avaient sorti pour l’occasion leur  Porsche du garage. Petite revue en images des autos les plus intéressantes aperçues dans la matinée:

Photo1120
Une des 250 Sport Classic était exposée aux côtés des RS 2.7
Photo1121
Elle signe le grand retour de la queue de canard, à l’initiative de Porsche Exculsive.
Photo1122
Le centre Porsche de Reims exposait cette 997 GT2 RS.
Photo1149
Seulement 500 exemplaires furent produits.
Photo1148
Baquets en carbone et alcantara rouge pour les GT2 RS
Photo1145
Un Boxster S passé entre les mains expertes du département Exclusive.
Photo1154
Couleur vert libellule pour cette 911 2.7
Photo1155
Les 356 étaient également de la partie.
Photo1156
Ambiance course pour cette 356 Super 90.
Photo1151
997 Carrera S rouge indien à l’intérieur paré de carbone.
Photo1159
Une 911 2.4S en très bel état
Photo1161
Couleur Aubergine, superbe.
Photo1169
Il est rare de trouver des 996 Carrera 4S dans de telles configurations.
Photo1163
Une 911 Classic préparée pour la piste.
Photo1164
Dans la famille jaune vitesse, vous êtes plutôt 996 GT3…
Photo1168
Ou plutôt 993 Turbo?
Photo1166
Une Carrera 3.0 a également pointé le bout de son nez. Contrairement à celle de notre essai, celle-ci n’a pas d’entourages de vitres chromés.
Photo1167
L’aileron de Turbo était toutefois de la partie.
Photo1162
Couleur d’origine? Rien n’est moins sûr…
Photo1140
Une 911 Carrera 2.7 absolument parfaite!
Photo1141
Elle possède le même moteur que la 911 RS 2.7, ce qui en fait une auto de plus en plus recherchée…
Photo1142
Spécificité de l’aileron optionnel de la Carrera 2.7: il ne possède pas de petite grille sur sa partie aplatie.
Photo1157
Le nouveau Boxster n’a pas manqué de se faire remarquer.
Photo1158
Encore une auto passée par le Département Exclusive.
Photo1146
964 Carrera RS fuschia. Elle fut présentée dans cette livrée, lors de son lancement en 1992.

Les 40 ans de la RS 2.7: jour de tonnerre!

Du 2 au 5 mai 2013 se tenait à Reims la célébration des 40 ans de la 911 RS 2.7, un événement organisé par le club RS de France. Une exposition de l’ensemble des autos était organisée le 4 mai sur l’ancien circuit de Reims-Gueux, interdit de circulation pour l’occasion. Plus de 50 RS étaient présentes, dont certaines particulièrement rares. Revivez en images cet événement exceptionnel (cliquez sur les photos pour les agrandir):

Les 911 RS:

Photo1098
Une vraie RS Light (châssis 911 360 1483), couleur bleu glacier d’origine. Seulement 16 RS 2.7 furent peintes de la sorte.
Photo1099
RS 2.7 vert vipère
Photo1105
Un vert chartreuse très rare – seulement 23 livrées dans cette couleur – pour cette RS Touring .

Photo1106

Photo1100
Les RS blanches à parements noirs étaient peintes en blanc ivoire. Celles à parements bleus, rouge ou verts, en blanc grand prix. La nuance est loin d’être évidente.
Photo1104
Certaines RS furent livrées sans les bandes latérales.
Photo1107
Il s’agit bien d’une RS. Sans aileron ni bandes « Carrera ».
Photo1133
Le coup de coeur de l’exposition. Une RS Touring rouge bahia dans un état exceptionnel.
Photo1103
L’auto est dans sa configuration d’origine (châssis 911 360 1025).
Photo1102
Les antibrouillards fixés sur le pare chocs correspondent à l’option 459. Elle reçut également le pont auto-bloquant, les sièges Recaro et la pré-installation radio.
Photo1109
59 exemplaires sont sortis des chaînes en blanc Grand Prix à parements verts.
Photo1127
Combinaison originale pour cette RS 2.7 jaune clair.
Photo1126
Couleur marron sépia pour cette Touring exceptionnelle.

Photo1129

Photo1135
Notez les pare-chocs différents. L’auto de droite était destinée au marché français, où seul le pare-chocs semblable à celui de la 2.4S était homologué.
Photo1123
Dalmatian blue pour deux jumelles
Photo1131
Petite particularité de cette RS Touring: l’intérieur était équipé d’un ciel de toit noir, normalement réservé aux autos de couleur blanche. (châssis 911 360 0129)

Les 911 RSR:  on dénombrait au moins 4 RSR lors de cet événement, dont une exceptionnelle « Marie Stuart » dont seulement 2 exemplaires furent produits. Rappelons que l’ensemble des 2.8 RSR ont été construites à partir de châssis de 911 RS 2.7, pris directement sur les chaînes. Le nombre exact de RSR produites reste aujourd’hui quasiment impossible à certifier. On sait néanmoins qu’il y en aurait eu entre 54 et 59 fabriquées.

Photo1111
Déco originale pour cette 2.8 RSR
Photo1112
Les RSR sont reconnaissables à leurs ailes larges. Celle-ci était présente sur le tour Auto 2013.
Photo1115
Les ailes avant sont également plus larges que celles d’une RS.
Photo1139
Franco Lembo (Automobilia) exposait cette 2.8 RSR dans un état exceptionnel.
Photo1132
Une rarissime 2.8 RSR – R7 Marie Stuart qui termina 4ème des 24 heures du Mans en 1973. (châssis 911 360 0686)
Photo1118
Elle a connu les plus grands pilotes…
Photo1119
Van Lennep, Müller, Joest, Haywood… Des noms indissociablement liés à l’histoire de Porsche

Le palmarès de cette 2.8 RSR R7:

– 1000 Km de Spa 1973, 5ème au général
– 1000 Km du Nürburgring 1973, 5ème au général
– 24 Heures du Mans 1973, 4éme au général
– 1000 Km de Zeltweg 1973, 9ème au général
– 6 heures de Watkins Glen 1973, 7ème au général
– 24 Heures du Mans 1974, abandon
– 1000 Km de Zeltweg 1974, 14ème au général
– 1000 Km de Mexico 1974, 1er au général

Vous avez dit Marie Stuart?

Le surnom de l’auto a une origine bien définie. Tout comme la RS 2.7 avec sa fameuse « Queue de Canard », la 2.8 RSR R7 possédait une queue de canard enveloppante, s’étirant jusque sur les ailes arrière de la voiture, formant une collerette. Un habit que portait Marie Stuart, reine d’Ecosse de 1542 à 1567, d’où le surnom que porte l’auto.

1
Photo d’époque (prise au Nürburgring) montrant bien l’aileron enveloppant de la R7.

Quelques détails pour finir:

Photo1134
Une authentique RS Touring est reconnaissable à ces joints de protection en caoutchouc.
Photo1144
Le moteur de 2.7 litres de cylindrée développe 210ch à 6300 tours/min
Photo1143
L’intérieur d’une RS Touring est identique à celui d’une 2.4S, possédant également les deux places d’appoint à l’arrière.
Photo1147
Il n’est pas si rare de voir une RS Touring avec toit ouvrant.

On ne peut que remercier le Club RS de France d’avoir organisé un événement aussi exceptionnel. Le club RS de France s’est donné pour mission de répertorier toutes les RS 2.7 présentes sur le sol français. Vous pourrez trouver de nombreux détails sur la plupart des autos présentées dans cet article ici : http://clubrsdefrance.com/list-registre-view

De nombreux détails incorporés dans cet article proviennent des descriptions insérées dans le registre du Club RS de France. 906 Chronicles les remercie pour leur travail.

Flambée des prix ou bulle spéculative?

Consultez notre mise à jour sur les tendances du marché de la Porsche de collection en 2014 en suivant le lien ci-dessous:

http://906chronicles.com/2014/05/15/voitures-anciennes-petite-bulle-est-devenue-grande/

Le dernier salon Techno Classica ayant lieu à Essen, référence en matière d’automobiles anciennes, fut cette année celui de tous les superlatifs. Cela fait plusieurs années que ce salon fait figure de véritable indicateur de tendance quant à l’évolution de la cote des voitures de collection en Europe, sinon dans le monde.

Il se trouve que la plupart des tendances qui y sont observées se sont avérées justifiées. Ce salon étant le grand rendez-vous des marchands européens, ceux-ci remuent ciel et terre afin d’acheminer sur leurs stands des pièces de qualité, souvent facturées au prix fort. La vente aux enchères organisée par Artcurial au salon Rétromobile en février  2013 avait déjà révélé son lot de surprises, certaines autos ayant atteint des prix difficilement justifiables. L’effet vente aux enchères diront certains. Cependant, cette tendance semble s’être confirmée au Techno Classica. Et celle-ci indique une hausse  toujours plus folle des prix des voitures de collection. Je ne peux toutefois m’empêcher de manifester mon inquiétude devant le véritable emballement des prix sur l’ensemble de l’année écoulée, me faisant penser que le marché de la voiture de collection est en pleine bulle spéculative.

plakat_uk
Le 25ème Techno Classica d’Essen, occasion d’une nouvelle flambée des prix

Certains chiffres sont édifiants. Attardons-nous sur l’évolution de la cote de quelques Porsche entre 2012 et 2013, en observant les chiffres fournis par Flat 6 Magazine (publiés dans le n° 267), référence en la matière. Les chiffres fournis correspondent à un véhicule en état concours, c’est-à-dire soit un véhicule ayant fait l’objet d’une restauration complète, soit un véhicule pouvant justifier un historique limpide (voire une histoire hors normes) et possédant un faible kilométrage :

Auto Cote 2012 Cote 2013 Evolution
911 2.0 (1964-1967) 100 000€ 150 000€ +50%
911 S 2.4 140 000€ 160 000€ +14%
911 S 2.7 42 000€ 60 000€ +43%
911 Carrera 3.2 Cabriolet G50 40 000€ 55 000€ +22%
959 300 000€ 450 000€ +50%

Les chiffres sont éloquents. La quasi-totalité des 911 entre 1964 et 1989 ont vu leur valeur augmenter d’au moins 10%. Comment expliquer qu’une 911, aussi exceptionnelle soit-elle, voie son prix augmenter de moitié en l’espace d’un an ? Certains objecteront que mon tableau regroupe essentiellement des autos déjà très prisées par les collectionneurs et qu’il est donc normal que leur cote s’envole.

Je ne suis pas de cet avis. Je peux certes admettre que les 911 2.0 bénéficient d’un surcroît d’intérêt du fait du cinquantenaire de la 911 que l’on s’apprête à fêter dans le monde entier, mais comment expliquer qu’une 911 S 2.7, dont l’image est loin d’être la plus prestigieuse au sein de la famille 911, s’envole elle aussi de quasiment 50% ? Il en est de même pour la 911 Carrera 3.2. Bien qu’elle soit très populaire chez les porschistes, sa cote n’a jamais connu de hausse aussi fulgurante.

IMGP8405
Le cinquantenaire de la 911, une raison bien insuffisante pour justifier l’augmentation sans précédent de la cote des 911 2.0…

Ces hausses disproportionnées des prix des 911 résultent selon moi d’une euphorie généralisée. Confrontés à la mollesse des rendements sur les produits financiers habituels, nombre d’investisseurs sont en quête de rendement, ainsi que d’une sécurisation de leur patrimoine. Et voici que la presse économique se met à publier des statistiques prouvant que les autos de collection sont un placement sûr. Ainsi le Financial Times souligne que depuis 2002, les prix des voitures de collection ont crû de 395%, soit une multiplication des prix par 5 ! Les prix pratiqués actuellement me semblent particulièrement déraisonnables : rien ne peut expliquer la flambée des prix des 959 de près de 50%. Certes, cette auto reste un cas à part dans l’histoire de Porsche en tant que premier supercar du constructeur. Pourtant sa fiabilité fut loin d’être exemplaire et les coûts d’entretien de ce bijou sont faramineux. Par ailleurs, son palmarès en compétition – une victoire sur le Paris Dakar en 1986 et une septième place aux 24 heures du Mans la même année – n’en fait pas vraiment une légende. De fait, cette envolée de sa cote ne peut s’expliquer que par l’opportunisme de certains investisseurs persuadés de faire un placement sûr, qu’ils sont certains de pouvoir revendre plus cher.

Si vous n’êtes toujours pas convaincus, jetons donc un œil du côté du salon Techno Classica. Que disent les chiffres ? Entre autres perles, une 911 2.0 de 1965 affichée à 235 000€, alors que celle-ci cotait seulement 100 000€ en 2012. Une 911 S 2.7 affichant moins de 4000 miles au compteur ? Ce sera 100 000€. Visiblement, rien n’est trop beau pour exiger 2.5 fois le prix d’une 911 S 2.7 en état concours. Cela n’a tout simplement aucun sens. Ces prix sont fondés sur l’opportunisme de marchands de moins en moins scrupuleux.

2L7s
La 911 S 2.7 jouit d’une image assez terne. Dès lors, comment expliquer l’augmentation de près de 50% de sa cote? (photo Porsche AG)

Si ces chiffres commencent un tant soit peu à vous donner le tournis, laissez-moi reprendre une anecdote figurant dans Flat 6 magazine : il s’agit d’un marchand qui, un mois avant le Techno Classica, exposait deux 356 à 109 000€ lors d’un salon à Stuttgart. Un mois plus tard, à Essen, ledit marchand demandait 119 000€ pour chacune de ses 356. Ce type d’augmentation arbitraire des prix, sans la moindre raison, est caractéristique de la formation des bulles spéculatives. Ce prix n’étant fondé sur rien, ne vous attendez pas à ce qu’il se maintienne à ce niveau très longtemps.

Par ailleurs, l’euphorie ne s’est pas cantonnée aux marchands. Les acheteurs, quant à eux, se ruent sur les autos et achètent sans discuter, sans même inspecter l’auto ou demander son dossier de factures. « Puisque les voitures de collection sont un placement sûr, il suffit que j’achète ce que mon ami porschiste vient de me conseiller d’acheter, je ne risque rien. Son prix va monter. » doivent se dire certains acheteurs.

Un dernier élément pourrait néanmoins remettre en question mon raisonnement. Certains me diront en effet que les acheteurs cherchent avant tout des autos en parfait état ou en état concours, et que ce sont les seules dont les prix s’envolent. Dans l’ensemble, cela est vrai. Le prix des caisses en moyen état voire à restaurer n’a varié que sur quelques modèles, mais dans quelles proportions ! Une caisse à restaurer de 911 2.4 S a vu sa valeur passer de 12 000€ à 17 000€. Une augmentation de 42% ! L’euphorie commence à gagner les autos les plus fatiguées…

kevin-gosselin-porsche-barn-find-2-1024x680
Même les autos en mauvais état commencent à voir leur valeur s’envoler. (photo http://www.autobahnbound.com)

Je m’inquiétais dans un article précédent de voir les 2.4 S dépasser les 200 000€. Visiblement, cela arrivera bien plus tôt que je ne le pensais : les prix des autos s’envolent sans raison solide, excepté la cupidité de certains marchands ; les clients achètent les yeux fermés, des autos aux prix injustifiés – et injustifiables. Voir le prix d’une auto être multiplié par plus de deux en deviendrait presque logique pour certains, puis qu’ils semblent certains que la valeur des autos ne peut que maintenir son ascension.  Malheureusement, c’est souvent lorsque un placement semble le moins risqué que les nuages s’amoncellent. Le marché de l’automobile de collection, bien que régi par des cycles très longs, n’en reste pas moins vulnérable. Voilà plus de vingt ans qu’il n’a pas connu de véritable crise, mais il semblerait que la prochaine soit imminente. Aux collectionneurs passionnés se sont substitués des collectionneurs investisseurs. Après nous avoir infligé un krach boursier, s’apprêteraient-ils à déclencher un krach automobile sans précédent?

906 Chronicles se distingue!

906 Chronicles a l’honneur de voir l’un de ses articles publiés dans le Flat 6 Magazine n° 267, disponible dans les kiosques dès ce vendredi 26 avril. L’article se trouve en page 82 dans la rubrique « Courrier des lecteurs ». 906 Chronicles renouvelle ses remerciements à Flat 6 Magazine et souhaite à tous les amateurs une bonne lecture!

couv267-ok

La 911 RS 2.7 est-elle vraiment si belle?

Le débat est peut-être aussi vieux que cette icône qu’est devenue la 911 RS 2.7. Notre cher Marc Joly résumait la problématique animant certains repas porschistes en quelques phrases, dans le guide d’achat du numéro 259 consacré à la RS 2.7 : « Un non spécialiste trouvera-t-il la RS 2.7 belle ou pas ? Car elle est quand-même spéciale, cette queue de canard, non ? »

Force est de l’admettre, ladite queue de canard est très spéciale : protubérance sans précédent, jamais imitée, nous sommes bel et bien en présence d’un appendice aérodynamique non identifié dans l’histoire automobile. Cette queue de canard ne ressemble à rien d’autre, d’aucuns diraient qu’elle ne ressemble à rien, et il me semble difficile de contredire les non-initiés sur ce point. Alors, d’où vient la fascination exercée par cette queue de canard ?

Notre fascination de porschistes convaincus résulte selon moi du fait que l’inconscient collectif  (« l’habitus » cher à Pierre Bourdieu) de ces amis porschistes entretient depuis un certain nombre d’années une association immédiate entre le patronyme « RS 2.7 »  et son attribut visuel le plus marquant : son aileron si spécifique. Dès lors, la fascination qu’exerce la RS a fait que l’on a fini par parler d’elle, ou à penser à elle en utilisant une épithète homérique tacite : « la 911 à la queue de canard ». Je suis prêt à parier que les porschistes curieux qui se rendront au 40ème anniversaire de la RS 2.7 près de Reims en mai, en voyant l’une ou l’autre des RS présentes, se feront la même réflexion : « Voici donc la fameuse queue de canard ». Comme si, en poussant le raisonnement à l’extrême, il fallait voir la queue de canard pour véritablement voir une RS 2.7.

J’en conclus que celui qui verrait une RS 2.7 sans sa queue de canard serait probablement déçu. Comme si cette Porsche, tout d’un coup, n’était plus belle. Parce qu’il lui manque quelque chose : elle n’est pas finie ! J’ai moi-même fait cette expérience devant la RS 2.7 libanaise restaurée par Autofarm, commandée à l’usine sans aileron.  Indépendamment des traces apparentes de rouille, que je trouvais au demeurant très originales et apportant un vrai plus à l’auto, l’absence de la queue de canard me dérangeait : il manquait quelque chose pour que cette RS soit bel et bien une RS…

beirut11_orig
La RS 2.7 restaurée par Autofarm (source : http://www.autofarm.co.uk/projects/past/beirut )

Il aurait suffi que l’on me dise que cette auto était une 2.4T pour que je ne sois en rien perturbé. Simplement parce que l’image de la 911 que l’on associe à une 2.4 est celle d’une auto sans aileron, et cette auto sera unanimement considérée comme très belle. En ce qui concerne la RS 2.7 sans aileron en revanche, elle sera perçue comme moins belle, du fait de cette perception d’inachevé, bien qu’elle ressemble quasiment en tous points à une 2.4S. Ce genre contradiction remonte au 19ème siècle lorsque des artistes tels que Jean-Baptiste Corot se mirent à peindre des paysages dits inachevés, éloignés de la peinture académique traditionnelle, et qui furent longtemps ignorées : une œuvre inachevée n’est pas digne d’être regardée. Le même problème se pose avec la RS. Une RS ne peut-être une RS qu’avec son capot arrière arborant fièrement sa queue de canard, et c’est à cette seule condition que celle-ci parviendra à susciter la fascination dont elle est l’objet.

Voici donc le dilemme devant lequel nous nous tenons : au premier abord, cette queue de canard ne ressemble pas à grand-chose et un néophyte lui préférera très probablement la finesse d’une 2.4, et cependant la RS 2.7 a nettement plus de chances de provoquer un attroupement. Cela n’est pas dû à sa beauté supérieure, puisqu’il semble acquis qu’elle n’est pas plus jolie qu’une 2.4, elle le serait même moins d’après le raisonnement qui vient d’être tenu. De ce fait, cette queue de canard est perçue comme très belle car elle est en quelque sorte l’incarnation du mythe RS 2.7, tout comme la couronne royale incarne le pouvoir divin conféré à l’homme qui la porte. Le roi sans sa couronne n’est qu’un homme méconnaissable parmi tant d’autres, et ce n’est pas pour rien que les portraits de nos anciens rois ne manquent pas de les représenter avec tous les attributs de leur pouvoir (à titre d’exemple le portrait de Louis XIV peint par Hyacinthe Rigaud). Même si je n’ai jamais vu le roi, en voyant l’homme portant la couronne je sais qu’il est roi, je sais par conséquent que je lui dois un grand respect. Dans le petit monde de la Porsche, nul besoin d’être un fin connaisseur pour savoir, en voyant la queue de canard, que l’auto qui l’arbore fièrement est un peu plus qu’une simple 911, et qu’il faut donc s’en émouvoir, sans considérer l’éventuel caractère disgracieux de l’aileron, par rapport à une simple 2.4

Louis_XIV_of_France
Louis XIV par Hyacinthe Rigaud : l’on retrouve tous les attributs du pouvoir royal, la couronne se trouve derrière le sceptre.

 

Alors, cher Marc Joly, pour votre répondre à votre question, il y a de grandes chances qu’on non spécialiste, en voyant les bandes latérales et l’aileron, se croie en présence d’une vulgaire « Porsche tuning » (cela est du vécu, malheureusement), tandis qu’une 2.4 sera probablement vue comme une « vieille Porsche », peut-être « voiture de collection ». La RS sera rarement la plus belle, et il faut se rendre à l’évidence, elle ne l’est pas. Osons même opposer une 911 RS 2.7 et une 911 S/T, voire une 911 2.0 T/R, la question ne se pose même plus. La RS n’est peut-être pas si belle.

Quoi qu’il en soit, avant qu’un heureux propriétaire de RS 2.7 ne se mette en tête de partir à ma recherche, je tiens à souligner que, en amateur éclairé, je serais le premier à regarder cette queue de canard avec tout le respect et toute l’admiration qui lui sont dus, d’autant plus que cette queue de canard est entrée dans l’histoire, notamment grâce à son illustre cousine RSR victorieuse à la Targa Florio en 1973. Alors, aussi jolie que puisse être une 2.4, admirer une RS arborant fièrement sa queue de canard revient à contempler Le couronnement de l’empereur (Napoléon 1er) peint par Jacques-Louis David : c’est l’histoire et sa légende que l’on contemple.

En définitive, sa majesté RS, objectivement, n’est pas la plus belle de son époque et les non-initiés ne manqueront probablement pas de le confirmer. Néanmoins, son indubitable charisme et le prestige de la lignée qu’elle a engendré sont sans commune mesure dans le petit monde des Porsche Classic, faisant de sa queue de canard, élément théoriquement enlaidissant, une condition de la beauté et du prestige de la RS 2.7.