Une page se tourne avec la démission de Ferdinand Piëch


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Le communiqué de presse est tombé ce 25 avril, à 19 heures précises: Ferdinand Piëch, l’emblématique président du conseil du groupe Volkswagen renonce à ses fonctions de président du groupe Volkswagen avec effet immédiat. Désormais âgé de 78 ans, il paie le prix de ses récentes manoeuvres de déstabilisation au sommet du constructeur. Un récit détaillé s’impose…

13 avril 2015: C’est le lancement des hostilités. Une petite phrase a priori anodine mettra le feu aux poudres. Dans un article paru dans le respectable magazine allemand « Der Spiegel », Ferdinand Piëch déclare avoir « pris ses distances » avec Martin Winterkorn, 67 ans et directeur général du groupe Volkswagen. En substance, cela signifie ni plus ni moins que Piëch souhaite le départ de son dauphin. Le patriarche reproche entre autres à Winterkorn les performances en demi-teinte de la marque Volkswagen principalement aux Etats-Unis, ainsi que l’incapacité du groupe à développer une concurrente crédible à l’offre à bas coûts de Dacia…

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Ferdinand Piëch

La manoeuvre n’est pas inédite, puisque Ferdinand Piëch avait, de la même façon, obtenu le départ de son précédent directeur général avant d’adouber, justement, Winterkorn. Aujourd’hui , Martin Winterkorn est l’artisan du succès phénoménal de volkswagen ces dernières années, qui a permis au groupe de dépasser les 200 milliards d’€ de chiffre d’affaires, et de talonner Toyota en termes de volumes de vente. Les reproches formulés à l’encontre du dirigeant sont donc anecdotiques. Mais il faut garder à l’esprit que le mandat de président de Ferdinand Piëch devait arriver à échéance en 2017, et que Winterkorn devait lui succéder.

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Martin Winterkorn

La levée de boucliers ne se fera pas attendre, puisque le cousin de Piëch, Wolfgang Porsche, affirmera que « les propos du docteur Piëch reflètent son opinion personnelle, qui, sur le fond et dans les faits, n’a pas fait l’objet d’une coordination avec la famille ». En clair, un désaveu. Quant au Land de Basse-Saxe, actionnaire du groupe à hauteur de 20%, il a affirmé être « désagréablement surpris » par les propos de Piëch. Une pirouette que le patriarche n’avait probablement pas anticipée, tant il était tout puissant dans la galaxie Volkswagen.

17 avril 2015: A l’issue d’un conseil extraordinaire rassemblant les membres les plus influents du conseil de surveillance du groupe Volkswagen, dont les familles Piëch et Porsche détiennent conjointement 51% des droits de vote, il a été établi que le conseil apportait son « soutien inconditionnel » à M. Winterkorn. A ce titre, il semble clair que Piëch se trouvait largement fragilisé, et il semblait certain que son mandat ne serait pas renouvelé en 2017. Mais, réputé pour sa férocité en affaires, le patriarche ne comptait pas s’en tenir là…

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Wolfgang Porsche

24 avril 2015: De nouvelles rumeurs circulaient en cette fin de journée: Ferdinand Piëch aurait demandé à Matthias Müller, PDG de Porsche, de se préparer pour prendre la direction du groupe Volkswagen, signant ainsi sa ferme volonté de renvoyer Winterkorn avant l’assemblée générale des actionnaires. Las! Nous ne saurons probablement jamais ce dont la nuit du 24 au 25 avril fut faite, mais la démission de Ferdinand Piëch est aujourd’hui actée, et définitive. N’en déplaise à Piëch et à sa volonté de conserver le pouvoir à tout prix, sa méthode de gouvernance relativement opaque est malheureusement pour lui d’un autre siècle. Les entreprises couronnées de succès du 21ème siècle se distinguent de plus en plus par une transparence exemplaire.

Nous nous devons de remarquer à quel point les rancoeurs et les disputes restent tenaces entre les cousins Porsche et Piëch. 43 ans après le « Ferry-gate » qui aura vu la démission de tous les membres de la famille des postes opérationnels de l’entreprise, le couteau vient de tourner et de rouvrir des plaies mal refermées. En dépit d’une fortune colossale, il ne doit pas être si bon d’être un membre de la famille Porsche, dont l’histoire est ponctuée de drames, de disputes, et de secrets bien gardés… Une nouvelle ère s’ouvre désormais pour l’entreprise familiale, et gageons que la démission du patriarche facilitera la gouvernance, donc les performances du groupe.

 

 

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