L’énigmatique 908/80


De nombreux mystères entourent encore aujourd’hui ce prototype né en 1980 à l’initiative de Reinhold Joest. De sempiternelles interrogations restent sans réponse: est-ce une 908? Est-ce une 936? Quelle fut la base du projet? La brillante carrière de la 936 ne doit pas occulter le fait qu’elle naquit dans un contexte troublé, où la priorité était donnée aux moteurs avant, où la compétition n’avait plus grand intérêt alors que le constructeur était dirigé par Ernst Fuhrmann… Alors en 1980, plus personne ne s’en soucie, à part un pilote privé aussi tenace que talentueux. Mais alors, quelle est donc cette mystérieuse 908/80 préparée par le département compétition dans le plus grand secret?

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Ce fut Reinhold Joest qui prit l’initiative. Possédant sa propre écurie privée, Joest courait sur tous les circuits d’Europe, tant en Intersérie que dans le championnat du monde des constructeurs, au volant de ses deux 908/3 privées, depuis 1972. C’est peu de le dire, il est en très bons termes avec le département compétition de l’usine, ne cessant de se procurer des pièces de rechange au fil des saisons. D’abord un capot arrière de 917/10, puis des carrosseries entières pour ses deux 908. Au début de l’année 1975, il poussera même l’usine à équiper l’une de ses 908/3 d’un moteur turbocompressé de Carrera Turbo RSR. Apportant avec lui de nouveaux clients en la personne du Dr Dannesberger, un proche de l’usine, ainsi que l’importateur espagnol Ben Heiderich. Par ailleurs, Joest est un familier de l’épopée 936, puisqu’il courut les 24 heures du Mans en 1978. Il finira 3ème de la course, partageant le volant avec Peter Gregg et Hurley Haywood, excusez du peu.

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Mais en 1980, le département compétition n’a plus que des os à ronger. Ersnt Fuhrmann a décidé de n’engager que trois 924 Carrera GT aux 24 heures du Mans. Les 936 sont toutes parties au musée, et Joest ne tient pas à engager sa 908/3 Turbo au Mans, tant elle se révèle être en bout de course. Il s’adresse alors à l’usine, afin d’engager une réflexion autour de la modernisation d’une 908. Un châssis de 936 fut donc assemblé en prenant comme base un châssis de 908? Cette hypothèse est la plus probable, mais reste sujette à débat. Jürgen Barth, très proche de Joest à cette époque, affirme que le châssis fut assemblé à l’usine. Le montage final de l’auto fut confié aux mécaniciens de Joest dans leurs ateliers d’Absteinach en utilisant des pièces fournies par le constructeur. L’auto finale ressemble à s’y méprendre à une 936 de 1977, une nouvelle fois sponsorisée par Martini. En raison des nouvelles règles de modération de la consommation de carburant, le 6 cylindres bi-turbo est également en configuration 1977, développant 540ch. Parmi les rares différences avec une 936, on notera un réservoir dont la capacité a été réduite à 120 litres au lieu de 160, des rétroviseurs plus bas sur les ailes, et trois prises d’air NACA sur le capot arrière au lieu de quatre. En vérité, l’auto est en tous points similaire à une 936, tant et si bien que Jacky Ickx affirmera à son sujet que « la seule différence avec une vraie 936 est la position de l’allume-cigares ».

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Vraie 936? C’est bien la question qui fâche tous les puristes. Officiellement, la voiture n’était pas une 936, car comme le souligne Jürgen Barth: « La politique du moment était de faire courir des 924 et de ne plus construire de prototypes ». De fait, il n’était pas de question d’en faire une 936 officielle, d’autant plus que personne ne sait ce dont elle sera capable, en dépit d’un soutien semi-officiel. Par conséquent, c’est avec une plaque de châssis arborant le numéro « 908/80 » que l’auto se présente au Mans en 1980. Elle réalisera une performance honorable, puisqu’en partant de la deuxième place sur la grille et en étant 7ème au terme de la première heure de course, elle entamera ensuite une remontée progressive avant de connaître des ennuis de courroie de pompe à injection à 21h25. Prenant les devants de la course dans la nuit, elle dominera les débats jusqu’à ce que le pignon du cinquième rapport rende l’âme à 10h du matin. La 908/80 prendra finalement la 2ème place derrière une Rondeau. Un résultat que le Dr Fuhrmann exploitera avec opportunisme, déclarant à Auto Hebdo: « Ickx et Joest, n’est-ce pas, ne représentent pas officiellement l’usine de Stuttgart. Ils se sont bien battus, mais n’ont pas eu de chance… En ce qui nous concerne, c’est un très bon résultat! ». Une déclaration qui ne manquera pas d’agacer le journaliste Gérard Crombac: « Porsche, qui dirigeait en sous-main la préparation de cette voiture a agi avec autant de légèreté vis-à-vis de Martini cette année, qu’il ne l’avait fait avec Essex… Ce nouveau faux-pas laisse à penser que le service de course du constructeur n’est plus ce qu’il fut… »

Un faux pas qui n’en reste pas moins aujourd’hui une formidable ligne au palmarès de cette drôle d’auto, qui s’illustra également en signant une 2ème place aux 1000km du Nürburgring cette même année, et compte une participation aux 24 heures du Mans 1981 sous les couleurs de Technocar.  3ème aux essais, elle occupera la tête de la course après deux heures de course, avant qu’une lourde sortie de piste à Tertre Rouge ne la contraigne à l’abandon à 19H53.

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Que l’auto ait été préparée dans la précipitation, nul ne peut le nier. Il n’en reste pas moins qu’après coup, décrocher une 2ème place dans ces conditions reste exceptionnel. Et contribue à en faire un véhicule important de l’histoire du constructeur. Mais une question reste en suspens: vraie 936 préparée hors des ateliers du constructeur? Vraie 908 transformée en fausse 936? Est-ce une 908 ou une 936? La vérité semble avoir été révélée au grand jour lors de l’édition 2004 du Mans Classic où, à la faveur d’une intervention mécanique, l’on put voir qu’elle portait le numéro de châssis 936-004. Elle serait donc la quatrième 936 fabriquée par Porsche, alors que l’on crut longtemps qu’il n’y en eut que trois. Mais toujours ce doute qui subsiste: pourquoi arborait-elle le numéro de châssis 908-80 en 1980? La mystérieuse 936 n’a pas encore livré tous ses secrets…

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Une réflexion sur « L’énigmatique 908/80 »

  1. Tiens, Thomas , puisque tu évoques Jean Rondeau dans cet article , Jean Rondeau a courru longtemps sur et pour Porsche avant de créer sa propre écurie et … gagner le MANS en 1980 au volant de sa propre voiture , la RONDEAU M379 B
    termine 2° en 1984 sur PORSCHE 956 , etc
    Je t’encourage à lire et fouiller un peu la biographie de ce pilote exceptionnel , qui fut emporté par un accident stupide , ern 1985 à 39 ans, fauché par un train en traversant une voie ferrée avec sa voiture .

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