Backdating: le bon grain et l’ivraie


Après le succès inespéré qu’a connu mon premier article concernant le backdating, je n’ai pu m’empêcher d’éprouver une certaine frustration en y repensant : il manquait quelque chose. Aurais-je dit que toutes les autos ayant subi une préparation de backdating sont dénuées d’intérêt ? Ce n’était pas exactement mon propos, qui était plutôt un avertissement : le backdating n’a pas d’avenir.

Néanmoins, à la vue de certaines préparations que je trouve incroyables, et je ne suis pas le seul, je ne peux m’empêcher de penser que certaines autos transformées pourraient tout de même avoir un bel avenir en collection. Voici donc la question qui me taraude depuis quelques jours : qu’est-ce qui fait d’une outlaw ou d’une 911 « backdatée » un modèle du genre ? Il ne s’agit pas ici de classer, d’un côté les mauvaises autos, et d’un autre les bonnes ; il existe beaucoup de spécialistes indépendants capables de s’atteler à des préparations sur mesure pour un budget raisonnable. Le but de mon propos est de parvenir à déceler les éléments d’une outlaw ou d’un backdating faisant qu’une auto aura sa place en collection, malgré les entorses, parfois majeures, à l’origine.

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La STR001 de Magnus Walker, rachetée par un français. Il y a fort à parier qu’il n’en changera pas le moindre boulon.

A vrai dire, après une courte nuit de réflexion, je me suis rendu compte à quel point je m’engageais ici sur un chemin très glissant. Il me semblait littéralement impossible de déterminer, sur ce petit marché sujet à des effets de mode, lesquelles étaient vraiment promises à un grand avenir. Et même si mon jugement ne suffirait pas à tirer des conclusions générales, j’ai décidé de vous raconter pourquoi moi, peu friand de ces automobiles anachroniques, je pourrais me laisser tenter par une outlaw ou une auto transformée.

En pensant à cet article, je n’avais en tête, au premier abord, qu’une seule auto : la Singer 911. J’en vois déjà certains qui rient. Je n’aime pas du tout la 964 Classic RS, et voici qu’un autre backdating sur base de 964 trouve grâce à mes yeux ? Où est la cohérence dans ce propos ? Eh bien je crois que la cohérence se trouve en premier lieu dans l’élégance de la Singer 911.

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Singer 911. Elle n’a plus grand-chose d’une 964, mais quelle classe!

Contrairement à DP Motorsport, Single Vehicle Design a réalisé un véritable travail d’orfèvre, et est parvenu à réaliser une ligne d’une très grande pureté se rapprochant des premières 911. Etant donné la largeur des ailes, il s’agirait plutôt d’une 911 ST. Quoi qu’il en soit, des bas de caisse aux ailes arrière, la ligne de l’auto est d’une grande pureté, on n’y trouve aucune lourdeur, et cela relève du tour de force. Reste une petite déception, l’aileron rétractable qui a été conservé, et dénature l’auto lorsqu’elle est en mouvement. Pour le reste, tout le monde s’accorde à dire que c’est un sans-faute. Mais ce qui a propulsé la Singer 911 au panthéon des préparations les plus désirables du moment, c’est à n’en pas douter l’atmosphère unique se dégageant de chaque véhicule fabriqué. Une atmosphère ultra exclusive où chaque détail est personnalisable en fonction des désirs du client, mais toujours avec la même ligne directrice en bout de course, faire de cette 911 la plus homogène et la plus aboutie qui soit. Un travail d’orfèvre à tous les niveaux, qui n’est pas sans rappeler la haute horlogerie suisse. Chaque Singer 911 est unique, et la production est confidentielle. Singer Vehicle Design est parvenu à construire une auto particulièrement performante, mais par-dessus tout, Singer s’est fabriqué une image dépassant nettement le statut de préparateur.

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Avec Singer, la règle est simple: ce que vous désirez, vous l’aurez. Et le résultat est remarquable.

La Singer 911 représente la concrétisation de la vision délirante de ce que serait la 911 parfaite dans l’esprit de Rob Dickinson. Que je comparerais volontiers à Horacio Pagani. Un homme qui passe ses nuits sans sommeil à concevoir la voiture dont il rêve. Dans la droite lignée d’un autre monstre sacré, un certain Ferruccio Lamborghini.

Sans surprise, ce qui m’attire sans cesse, et je ne suis pas le seul dans ce cas, c’est une belle histoire. Une histoire qui fait d’une auto bien plus qu’une préparation bien réglée pour le circuit. Cela n’étonnera personne, je me dois de faire référence à Magnus Walker. L’histoire, nous la connaissons tous : celle du barbu parti de son Angleterre natale chercher fortune dans le Nouveau Monde. Des années plus tard, voici ce jeune premier devenu un peu moins jeune, occupé à refaire des 911 dans son atelier en y apportant ses modifications personnelles, des combinaisons de couleurs quasiment parfaites, et une finition au-dessus de tout reproche. Preuve que je ne suis pas le seul à en pincer pour ces histoires incroyables, l’histoire de Magnus a fait le tour du monde, et les voitures passées entre ses mains ont désormais un cachet indéniable.

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Formule gagnante pour la 911 S outlaw de Magnus Walker: restée d’origine, avec quelques décalcomanies et des sièges originaux. Que demander de plus?

Et c’est tout ? Voilà donc tout ce que je suis capable de proposer concernant le backdating de qualité ? Magnus Walker et la 911 Singer, deux des sujets les plus évoqués dans la presse ces derniers temps ? Je pense que certains de mes lecteurs ne connaissent pas encore tout cela par cœur ; pour les autres, ce qui suit devrait vous intéresser, car il existe bien une auto pour laquelle j’ai un véritable coup de cœur, et dont certainement peu de monde a parlé. Et celle-ci résume en un mot ce qui rapproche toutes les autos dont j’aurai parlé dans cet article : l’originalité. Une réplique de RS 2.7, nous en avons vu plus d’une. Mais une Singer, les Outlaws de Magnus, elles ont ce petit supplément d’âme que n’ont pas les autres répliques.

Revenons-en donc à mon coup de cœur. Cette 911 a été construite par un indépendant à la tête d’un petit atelier appelé LSR 911 (ici : http://www.lsr911.com/) installé en région parisienne. D’ailleurs, s’il venait à lire ces lignes, c’est avec joie que j’aimerais lui rendre une petite visite. Je ne cache pas que certaines réalisations n’ont pas particulièrement attiré mon attention, mais en ce qui concerne sa « 911 Psychédélique », un seul mot m’est venu à la bouche : Waouh !

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Mon coup de coeur. Je reste sans voix…

Celle-ci est inspirée d’une 911 2.5 ST du team Kremer (je ne connaissais même pas l’existence d’une telle voiture), et il faut l’avouer, la décoration fait vraiment toute la différence ! L’auto est vraiment transfigurée par une peinture originale et réussie. Quant au reste de la préparation, il semble être à l’avenant : de grande qualité.

En fouillant davantage sur son site internet, j’ai pu remarquer quelques photos de son atelier, à mi-chemin entre Magnus Walker et Franco Lembo – la réputation en moins ; mais que fait la presse ? Il existe donc une atmosphère assez particulière qui semble se dégager de cet atelier, et je suis irrésistiblement attiré par la Psychédélique, tout en sachant qu’elle n’a ni le cachet, ni la réputation de ses cousines citées précédemment. Mais que m’importe ! Elle est simplement trop belle, et même si je n’aime pas le backdating, même s’il y a de fortes chances qu’elle perde toute sa valeur, je la veux… L’exception qui confirme la règle, en somme !

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Il manque bien quelque chose chez LSR 911: un siège pour rester ici à contempler l’atelier toute la journée.

Je l’ai déjà souligné, un seul mot résume tout ce que je viens de dire : originalité. Nul besoin d’en faire des tonnes pour transfigurer une auto préparée, et la rendre bien plus intéressante. Mais malgré cette dernière exception, je ne cesse de me dire que l’authenticité, une fois de plus, n’a pas de prix. Et quitte à faire une auto originale, je suis convaincu qu’il est possible de changer radicalement l’attrait une auto sans pour autant lui greffer un moteur 3.2l préparé par Cossworth et des pneus semi-slicks. Ah, si j’étais riche… Je trouverais une 911 2.2S et vous montrerais de quoi je suis capable ! Il suffit de quelques détails.

7 réflexions sur « Backdating: le bon grain et l’ivraie »

  1. Pour moi il y a 2 éléments qui peuvent intervenir dans le backdating : la première c’est le fait de travailler sur une auto qui n’est plus “matching numbers“ et qui de toute façon n’aura jamais une grande côte à l’avenir car elle n’intéressera jamais les puristes. Cette voiture souvent récupérée en état moyen devient un terrain d’expérience (outlaw ou évocation d’un passé qu’elle n’a jamais eu) et du coup rentre dans une catégorie de voiture personnalisées (en étant injuste on pourrait dire un tuning vintage)
    La deuxième chose, c’est le décalage qui existe maintenant entre les Porsche racing qui ont un pédigrée et les autres. En gros si tu n’est pas riche, tu ne vivras jamais cette expérience de posséder une voiture exceptionnelle, donc on prend une Porsche 3L de 1975/76 et on en fait la ST ou la RS de rêve en lui ajoutant ce supplément d’âme, et tout le monde n’y arrive pas, à la manière de Magnus Walker. Pour moi Singer est dans une catégorie à part car il est dans une voie qui réécrit l’histoire des Porsches 911 – il revoit l’évolution de la lignée avec toute sa modernité mais avec la touche vintage. Mais c’est un phénomène qui dépasse le cadre auto, car en moto, design de mobilier, et architecture, on vit exactement le même mouvement – merci

    1. Chez LSR toutes les voitures sont magiques.
      Le preparateur a beaucoup de talent
      Une tres bonne adresse

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