Porsche et le troisième Reich (1ère partie):


Au commencement était la Volkswagen:

Le sujet est rarement évoqué, mais Porsche doit en partie son développement et sa prospérité à sa connivence avec le Troisième Reich. Du premier contrat, d’une importance pécuniaire assez moindre, consistant à développer une petite voiture économique, jusqu’au développement des chars d’assaut pour la Wehrmacht, Ferdinand Porsche fut très régulièrement impliqué dans le développement d’équipements militaires de l’Allemagne nazie. Revue de détail de l’attirail conçu par Porsche pendant la seconde guerre mondiale.

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Ferdinand Porsche et son fils Ferry.

L’histoire commence en 1934. Lors de l’inauguration du salon automobile de Berlin, Hitler s’adresse aux constructeurs et leur demande de développer une petite auto, abordable, robuste et permettant des réparations peu onéreuses. Ferdinand Porsche se sentit capable de réaliser ce projet. De sa précédente expérience comme employé de la compagnie Daimler-Benz, il conserva de solides réseaux. Il entra en contact avec Jakob Werlin, l’un des membres du directoire de Daimler-Benz, qui organisa une rencontre avec Hitler. Hitler se montra favorable au projet, et le 22 juin 1934,  confia à Porsche le développement de la « Volkswagen » pour une durée de dix mois, soutenu par une subvention mensuelle de 20 000 Reichmarks. Cela marqua le lancement du projet nommé Typ 60.

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L’un des premiers croquis de la Typ 60.

En décembre 1934, Porsche fut autorisé à assembler trois autos destinées à subir des tests de longue durée. Lors du salon de Berlin 1935, Hitler exprima publiquement son entière satisfaction à l’égard des travaux de Porsche, s’exprimant en ces termes (tirés de la biographie de Ferry Porsche) : « Je suis satisfait que l’éminent ingénieur Porsche, avec l’assistance de ses collaborateurs, ait réussi à dresser les plans préliminaires de la voiture du peuple […].».

Les essais continuèrent durant toute l’année 1936. Le 11 juin de cette même année, Ferdinand Porsche présenta son prototype à Hitler, en compagnie de Robert Ley – chef du front du Travail et responsable du projet Volkswagen. Le Führer prit la décision de donner un coup de pouce à Porsche en encourageant l’assemblage de trente prototypes supplémentaires. Ceux-ci furent assemblés par la compagnie Daimler-Benz, et financés par des fonds publics sur décision d’Hitler.

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Ferdinand Porsche supervisant le développement de la VW. La position des phares montre qu’il s’agit ici d’un prototype dont le dessin n’est pas encore arrêté.

Une deuxième rencontre eut lieu à l’automne 1936, rassemblant l’ensemble des constructeurs de la filière automobile, désireux de produire la Volkswagen en masse. Ils proposèrent à Hitler de produire un million de Volkswagen à un prix unitaire de 1000 Reichsmarks, si l’Etat s’engageait à subventionner chaque auto à hauteur de 200 Reichsmarks. Le Führer proposa d’allouer ces 200 millions de Reichsmarks de subventions à la construction d’une usine flambant neuve destinée à la production des Volkswagen. Le 19 décembre 1936, les tests préliminaires furent terminés, ce qui donna lieu à une inspection de la part de l’Association de l’industrie automobile. Le compte-rendu établi à cette occasion émit un avis satisfaisant quant à la qualité générale de l’auto. Dès lors, il ne restait plus qu’à bâtir l’usine et produire l’auto en masse…

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Porsche (à gauche) présentant la VW à Hitler, visiblement amusé par la position du moteur en porte-à-faux arrière. Hitler souhaita que la partie avant de l’auto soit rabaissée, ce que Porsche ne fit jamais.

Ferdinand Porsche reçut alors un petit coup de pouce du destin. Sommés par l’Etat de serrer les coûts au maximum afin de proposer une auto aussi bon marché que possible, les constructeurs comprirent qu’ils ne feraient aucun profit avec les Volkswagen et cédèrent le projet de construction à l’Etat. Le 28 mai 1937, la Compagnie d’exploitation Volkswagen fut fondée, avec à sa tête trois directeurs nommés par le Front du Travail, Bodo Lafferentz, Jakob Werlin, et Ferdinand Porsche, nommé directeur technique en charge de la construction de l’usine.

Ce n’est que le 26 mai 1938 que débuta la construction de l’usine, lors d’une cérémonie pendant laquelle Hitler posa symboliquement la première pierre de l’usine. Cela a son importance, dans la mesure où les deux seules personnes vêtues en civil lors de cette cérémonie furent Ferdinand Porsche et son fils Ferry, peu familiers des protocoles du parti nazi. Il annonça publiquement, sans la moindre consultation, que la Volkswagen porterait désormais le nom de « Kdf » (Kraft durch Freude : la force par la joie), ce qui ne manqua pas de contrarier Ferry Porsche. Après cette courte cérémonie, Ferry Porsche fut chargé de reconduire Hitler à la gare de Wolfsburg, dans un cabriolet Volkswagen.

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Ferry Porsche conduisant le FÜhrer à la gare de Wolfsburg. Ferdinand Porsche est à l’arrière, en civil.

Il n’existe d’ailleurs aucune image d’archive présentant Ferdinand Porsche ou son fils en uniforme nazi, même aux côtés des plus hauts dignitaires du NSDAP, parti auquel ils n’eurent aucune envie d’adhérer. Notons qu’un autre exemplaire fut d’ailleurs offert au Führer, destiné à son usage personnel sur son lieu de villégiature.

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Image très rare (Arte) montrant Porsche – l’homme à moustache au premier plan – effectuant le salut nazi. Notons qu’il ne porte pas de Svastika.

Soulignons d’autre part qu’Hitler ne s’intéressait pas uniquement à l’automobile. Un autre facteur indispensable de progrès consistait selon lui en une mécanisation rapide de l’agriculture. Convaincu qu’il était possible de commercialiser un petit tracteur abordable à l’image de la voiture du peuple, il confia ce nouveau projet aux équipes de Porsche qui s’y attelèrent en 1937. Le développement déboucha sur plusieurs prototypes : le Typ 110, puis le Typ 111 doté d’un moteur plus puissant, et enfin le Typ 113. Développé en collaboration avec le Collège agricole d’Hohenheim, ce tracteur baptisé sans surprise « Volkstractor » devait être assemblé dans une nouvelle usine près de Cologne, à hauteur de 300 000 exemplaires chaque année…

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A la fin de l’année 1938, grâce aux commandes émanant de l’Etat,  Porsche avait vu ses effectifs quintupler, à cent personnes.  De plus, Ferdinand Porsche s’était vu confier la direction technique d’une immense usine automobile, faisant de lui l’un des personnages les plus puissants de l’industrie allemande, bien aidé en cela par sa proximité avec le Führer qui le tenait en haute estime.

A suivre…

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