RS America, l’icône oubliée


RS… Un patronyme qui ferait vibrer le cœur de tout porschiste amateur… La 911 RS incarne le sommet de la sportivité de la gamme 911, la reine des circuits, la voiture de course posée sur la route. De nos jours, toutes les 911 RS, quelle que soit la génération, suscitent l’enthousiasme et l’admiration. Toutes ? Vraiment ?

Comme dans toutes les grandes lignées, il existe toujours un vilain petit canard, moins brillant que ses frères et sœurs, un peu ignoré. Dans la glorieuse famille des RS, cette tâche un peu ingrate incombe à la 964 RS America, une RS dédiée en son temps au marché américain. Et quel dommage de bouder une auto aussi attachante, qui mériterait amplement ses lettres de noblesse ! Revue de détail du vilain petit canard…

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Mérite-t-elle vraiment sa mauvaise réputation?

Commençons par répondre à la question que les néophytes se posent : une RS America, qu’est-ce que c’est ? Revenons en 1992 : privé de 964 RS non homologuée aux Etats-Unis, et voyant les 20 ans de la 911 RS 2.7 poindre à l’horizon, le puissant Porsche Club of America fit pression sur l’importateur américain pour obtenir sa version de la RS, adaptée aux attentes des clients américains. Porsche équipa donc des 911 de sièges sport en tissu, d’un châssis rabaissé avec suspensions optimisées et une barre antiroulis de plus grand diamètre. Son moteur semblable à celui des Carrera 2 américaines, développait 247ch, soit moins que les 964 européennes développant 250ch, et 260ch pour les RS. Pour des raisons d’homologation, les vitres électriques furent conservées, ainsi que les sièges arrière. En revanche, les contre portes étaient identiques à celles d’une RS européenne, tandis que la direction assistée fut supprimée. L’intérieur du coffre fut également dépouillé de ses garnitures. En somme, la RS America fut débarrassée d’environ 10 à 30 kilogrammes d’équipements, par rapport à sa consoeur Carrera 2.

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L’intérieur reste très proche de celui d’une Carrera 2.

Elle fut la première 964 sur le sol américain à être équipée des jantes de 17 pouces. Elle est également reconnaissable à son aileron spécifique, semblable à celui équipant les 911 Carrera 3.2 (l’on peut supposer que Porsche avait un petit stock de pièces à écouler). Quant à ses décalcomanies « RS » sur les flancs, nous pouvons difficilement nous y fier. En effet, à leur arrivée sur le sol américain, toutes ces RS America possédaient ces décalcomanies… dans la boîte à gants ! Avec en complément, une notice expliquant aux commerciaux où, et comment les appliquer sur la carrosserie si le client le désirait.

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L’aileron plat et les décalcomanies sont les principaux signes distinctifs de la RS America.

En ce qui concerne le reste des équipements, la liste d’options était loin d’être étoffée : quatre coloris de base (rouge, jaune, blanc et noir), deux teintes métallisées (gris et bleu nuit), et seulement quatre options furent proposées aux clients, détaillées ci-dessous. Rappelons que la liste d’options classique comptait pas moins de 45 références.

Code Option Libellé Prix
220 Différentiel à glissement limité 913 $
331 Equipement radio 986 $
573 Climatisation 2 805 $
650 Toit ouvrant électrique 1 952 $

Et le prix dans tout ça ? Une fois n’est pas coutume dans l’histoire de la RS, la RS America était moins chère qu’une Carrera 2 normale : 53 900 $ (54 400 $ selon d’autres sources), soit 10 000 $ de moins. Une hérésie ? Pas tellement. Au début des années 90, rares étaient les clients américains à acheter des 911, se tournant bien plus souvent vers les 968 et 928 à moteurs avant, bien plus adaptées aux highways américaines. Il a donc fallu faire un petit effort pour donner un coup de pouce aux ventes de 911. Porsche écoula au total 701 exemplaires de la RS America en 1992 et 1993 (ce qui correspond aux millésimes 93 et 94), ce qui n’était pas négligeable. En effet, pour l’année 1992, cela représenta environ 17% des 911 vendues.

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De face, il est bien difficile de la différencier d’une Carrera 2.

Peu onéreuse et réalisée à la demande d’une poignée de clients, qui étaient donc ces acheteurs qui firent pression sur l’importateur ? Tout comme les européens, ils étaient avant tout des pistards avides de bitume à limer, mais avec quelques exigences. En effet, les américains ont l’habitude de se rendre sur les circuits par la route, parfois sous de fortes chaleurs, il était donc exclu de sacrifier la climatisation ou de trop négliger le confort étant donné l’étendue du territoire, imposant de très longs trajets. Et pourtant, avec son châssis rabaissé, sa grosse barre antiroulis, et son relatif poids plume, elle fit des merveilles sur circuit, où elle reste d’ailleurs plébiscitée de l’autre côté de l’Atlantique.

Auto confortable, mais transmettant son petit lot supplémentaire de sensations, aussi efficace sur circuits qu’agréable lors de plus longs trajets, allégée sans être spartiate, la 964 RS America a tout pour plaire. Alors pourquoi les européens la boudent-ils ainsi ? Il existe plusieurs raisons : la première, et non des moindres, réside dans le fait qu’elle fut réservée à nos amis américains. De fait, en croiser une sur le Vieux Continent est extrêmement rare puisque la plupart sont toujours dans leur contrée d’origine.

La seconde tient au fait qu’elle soit, malgré toutes ses qualités, l’éternel vilain petit canard de la lignée des RS. L’enfant sage de toute une fratrie de brutes épaisses, pour lesquelles le mot compromis est une insulte. Vraiment ? Justement, parlons-en ! Parmi les 1590  exemplaires de RS 2.7 fabriqués, environ 1300 furent des RS Touring, soit environ 82% des autos dotées d’un équipement plus confortable. Quant aux 993 RS Clubsport, elles se comptent quasiment sur les doigts des deux mains. Et nos plus récentes 997 GT3 ne sont pas si souvent équipées du pack Clubsport. Même certaines GT3 RS 4.0 sont dépourvues de baquets, au profit de sièges sport.

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La 964 RS européenne affichait sans complexe son air de sale gosse.

La 964 RS, a bel et bien eu droit à une version plus confortable. Elle a simplement eu la malchance de s’appeler RS America, et de n’être proposée qu’aux Etats-Unis. Le malheur de la RS America est finalement de n’avoir jamais vu les fées du marketing se pencher sur sa destinée. Mais faisons fi un instant de ces problèmes de sobriquet. Pour 45 000 $ actuels, vous vous retrouveriez au volant d’une très rare 964 RS « Touring/America » produite à seulement 701 exemplaires, confortable, redoutable sur circuit, et qui en plus vous permettrait de provoquer des attroupements de curieux au Mans Classic, pour 10% du prix d’une Carrera GT.

Alors, amis porschistes, continuez à vénérer religieusement la RS européenne. Continuez à bouder ce vilain petit canard au nom peu évocateur. Continuez à vous arracher ces RS devenues hors de prix qui ne verront plus les circuits, que je puisse, le moment venu, m’offrir cette fabuleuse RS America à un prix raisonnable, avant que tout le monde ne finisse par voir la lumière et ne s’arrache les rares exemplaires à vendre à prix d’or. Car en définitive, ce ne serait pas la première fois qu’une auto moins chère, et moins bien équipée destinée au marché américain deviendrait une référence sur le Vieux Continent. La 356 Speedster, ça vous rappelle quelque chose ?

(L’ensemble des photos de cet article, à l’exception de la RS fuschia, sont tirées du site http://www.rsamerica.net/. Ce site a également servi de référence à la rédaction de l’article.)

2 réflexions sur « RS America, l’icône oubliée »

  1. Le seul intérêt de la RS America était son prix bas à l’époque… Sinon ça reste une lourde Carrera 2 américaine, avec sa boîte de vitesses longue comme une Panamera Executive, avec son grotesque aileron et son choix réduit d’équipement et de coloris (histoire d’avoir un prix de revient bas).
    Une grosse mascarade à oublier le plus vite possible ! Vive la 964 Carrera 2 européenne !

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