Produits dérivés: bibelots pour idiots?


Combien sommes-nous, parmi les amateurs de Porsche, à posséder quelques miniatures de nos autos favorites ? Combien d’amateurs possèdent un t-shirt Gulf ou un polo Porsche Design ? Combien parmi nous, n’aimeraient pas décorer leur garage d’affiches historiques retraçant l’histoire de la marque ? Je prends peu de risques en disant que la quasi-totalité des porschistes, qu’ils possèdent une vraie Porsche ou non, possède une miniature, une affiche, ou tout autre produit dérivé de notre marque favorite.

En amateur de ces produits, entre les affiches soigneusement encadrées, les miniatures ou encore les morceaux de 911 accidentées, je ne m’étais jamais posé de questions quant à mon intérêt pour ces objets, étant bien loin de la névrose des collectionneurs. Cependant, au détour d’une conversation, un ami me demanda un jour quel était l’intérêt de ces produits dérivés. Après tout, nul besoin de posséder la dernière production de Minichamps ou le nouvel ouvrage publié par le Musée Porsche pour être passionné, et je peux comprendre que cela apparaisse comme de l’argent vainement dépensé.

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Avais-je vraiment besoin de m’acheter cette serviette pour être un vrai passionné?

Il ne s’agit pas ici d’analyser les névroses des collectionneurs, car c’est un autre débat. D’autre part, dire que les amateurs achètent des produits dérivés soit pour vivre leur passion lorsqu’ils n’ont pas les moyens de s’acheter une vraie Porsche, soit pour vivre leur passion plus intensément, me paraît extrêmement simpliste. Cela revient à dire que l’on fait du sport parce que cela nous fait du bien, c’est une évidence ! Mais alors quel est le but de cet article ? Ce que je cherche à mettre en exergue, ce sont les raisons plus profondes, d’ordre psychologique, voire d’ordre inconscient, qui nous poussent à acquérir une affiche commémorant la victoire de Porsche aux 24 heures du Mans, ou le dernier T-shirt de la collection Martini Racing. Verdict ?

Justement, parlons des collections dérivées les plus appréciées des porschistes : les collections Martini Racing et Gulf. Ces deux marques furent les sponsors financiers d’équipes privées qui engagèrent des autos de Stuttgart en compétition, et qui s’illustrèrent à maintes reprises, et contribuèrent à quelques-uns des plus grands succès de Porsche en compétition. Evoquons entre autres, la deuxième victoire de Porsche aux 24 heures du Mans grâce à une 917 aux couleurs du Martini Racing.

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La 917 Martini victorieuse aux 24 heures du mans 1971. Avec à son volant Gijs Van Lennep et Helmut Marko.

Mais également le doublé des 908/3 à la Targa Florio en 1970, engagées par le team Gulf. Les autos arboraient d’ailleurs des livrées originales qui passionnent toujours aujourd’hui.

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Jo Siffert filant vers la victoire de la Targa Florio 1970 au volant de sa 908/3. Une image qui participe encore nettement à la renommée de Gulf dans le petit monde Porsche. (Photo Porsche AG)

Enfonçons nous un peu plus loin dans l’inconscient porschiste. Il ne suffit pas de remporter de grandes victoires pour qu’une marque prenne la décision de proposer une gamme de vêtements, porte-clés et autres produits dérivés. En effet, n’oublions pas qu’une autre grande marque, Rothmans, eut la chance de sponsoriser des prototypes de Stuttgart qui s’illustrèrent sur quasiment toutes les surfaces – des sables du Dakar à l’asphalte du Mans. Mais alors pourquoi les vêtements Rothmans ne s’arrachent-ils pas autant que les produits Gulf ? Au-delà des grandes victoires obtenues avec la 959, les 956 ou les 962, il faut surtout de grandes histoires !

Rappelons-nous ce que disait Corneille dans Le Cid : « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Ce fut malheureusement ce que vécurent les 956-962. Obtenir six victoires successives entre 1982 et 1987 aux 24 heures du Mans aurait dû contribuer à leur bâtir une légende aussi immense que leur palmarès. Malheureusement, cette époque fut marquée par une émulation assez faible entre les constructeurs. Par conséquent, Porsche engageait des autos nettement supérieures à la concurrence – et en bien plus grand nombre – qui quant à elle, abandonnait souvent du fait d’ennuis mécaniques. Cela fit dire à certains que les excellentes 956 et 962 remportèrent essentiellement des victoires faciles. Bien que Porsche considère la 956 comme « La meilleure voiture de course de tous les temps », il n’y eut à l’époque aucune histoire incroyable à conter, aucune bataille épique, aucun retournement de situation. Les jeux étaient faits d’avance, la course ne promettait aucune incertitude, le public ne retiendrait pas son souffle jusqu’à la dernière minute.

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Les 956 en route vers un triplé aux 24 heures du Mans 1982: une image mémorable qui ne suffira pas à les faire entrer dans la légende. (photo Porsche AG)

Voici donc ce qui permet à des marques comme Martini et Gulf d’être aussi populaires chez les porschistes : de grandes histoires, que l’on peut encore raconter. La légende des 917, bâtie dès leurs premiers tours de roues par des pilotes terrifiés, entretenues par des films réalisés par des icônes (je pense au film Le Mans de Steeve Mc Queen), parfois enjolivées. Car, il faut le souligner, les 917 Gulf n’ont jamais gagné le Mans, comme le laisse penser le film de Steeve Mc Queen. Le cinéma est un merveilleux outil d’appropriation des mémoires : Il faut sauver le soldat Ryan, Le jour le plus long ou même plus récemment Inglourious Basterds nous poussent à croire que ce sont les américains qui sauvèrent l’Europe de l’oppression nazie. En vérité l’armée Rouge y contribua bien plus, mais elle perdit la bataille de la culture…

Cela pour dire que ce sont des images fortes, des histoires parfois faussées, des batailles entrées dans nos mémoires, en somme des légendes, qui nous font apprécier des marques comme Gulf. Les menaçantes 935 ou la monstrueuse Carrera Turbo contribuèrent pour beaucoup à la renommée de la parure bleue et rouge du Martini Racing, et ce sont de telles images qui sont inscrites dans l’imaginaire du porschiste.

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Carrera Turbo RSR. Ses dimensions imposantes font d’elle l’une des 911 que l’on aborde avec le plus d’humilité.

Ce sont donc ces images que l’amateur achète. Certes ces couleurs sont belles. Mais si elles sont si belles, c’est avant tout parce qu’elles racontent quelque chose de très fort, quelque chose que l’on raconte encore aujourd’hui. Une légende, une portion d’histoire. En somme, le porschiste ne cherche pas tellement à vivre sa passion au quotidien. Ce que nous démontrent les exemples de Gulf et Martini, c’est que l’amateur de Porsche, au fait de ces légendes, cherche à se les approprier. Ce n’est rien moins qu’une remontée dans le temps qu’il cherche à s’offrir, faisant de lui un acteur de cette histoire légendaire, qu’il pourra transmettre à son tour.

4 réflexions sur « Produits dérivés: bibelots pour idiots? »

  1. étant un collectionneur névrosé Porsche (centaine de miniatures, des dizaines de posters, d’objets dérivés, de trophées et autres plaques Cup) je peux affirmer que c’est LE moyen de vivre sa passion en attendant d’avoir la vraie…

    1. Et le but de cet article était justement de comprendre ce qui nous pousse à pouvoir dire que cela permet de vivre sa passion au quotidien.

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